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janvier-février 2012

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numéro épuisé

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Sommaire Place publique # 31

LE DOSSIER

De Flaubert à Spiderman, le voyage à Nantes

L'Histoire
• Jacques Boislève Au temps où l’on entrait à Nantes par la grande porte : la Loire
Le voyage à Nantes ne date pas d’aujourd’hui. On venait à Nantes pour la politique ou les affaires. Le commerce, c’est encore le prétexte pris par Stendhal qui profite de l’occasion pour visiter la ville…en touriste. Cette approche touristique, elle se construit progressivement tout au long du 19e siècle sous la plume de ces grands témoins que sont les écrivains. D’abord classique, avec la visite obligée des grands monuments, vite élargie à l’animation urbaine avant de s’étendre au tourisme industriel (les forges d’Indret) et à la modernité (« l’hôpital pour les fous » de Saint-Jacques). Mais la Loire, en entrée de ville comme dans sa traversée, est toujours à l’avant-scène.
• Didier Guyvarc’h Nantes dans les guides touristiques depuis 1840
Que faire pour retenir le touriste à Nantes ? Du premier guide touristique publié en 1840 à Nantes jusqu’à celui édité en 2011 par Le Voyage à Nantes, c’est au fond la même question qui est posée. Les réponses, elles, varient selon les époques, les modes, les publics, donnant à voir des villes bien différentes au fil du temps.
• Daniel Sicard Saint-Nazaire, gare de départ, port d’arrivée
Desservie dès 1857 par le train, Saint-Nazaire est un terminus, une gare d’arrivée en même temps qu’un port de départ. En effet, de 1862 à 1940, des lignes régulières de paquebots quittent l’embouchure de la Loire pour desservir les Amériques. Ce qui vaudra à Saint-Nazaire le passage de quelques témoins mémorables. Mais la Seconde Guerre, ses terribles bombardements et la construction de la base sous-marine ont effacé toutes traces de ce passé exotique dans le paysage nazairien.
• Philippe Dossal Le voyage à Saint-Nazaire des écrivains
Saint-Nazaire fut un grand port d’embarquement pour l’Amérique. De là réside, pour une bonne part, la place que tient la ville dans la littérature. Elle se prolonge aujourd’hui avec la Maison des écrivains et traducteurs étrangers dont plus d’un pensionnaire a consacré de belles pages à ce port ouvert sur le monde.
Le débat
• Valérie Demangeau Une force de frappe
Le Voyage à Nantes a pour vocation de « mettre en tourisme » la ville dans l’espoir de retombées économiques. Nantes veut désormais jouer sa partition dans le concert européen du tourisme urbain. Restera, au-delà des événements prévus cet été, à mesurer les effets durables de cette politique.
• Jean-Didier Urbain Tourisme urbain : inventer des patrimoines alternatifs
La ville est redevenue une destination touristique parce qu’elle passe pour résumer la culture d’une région ou d’un pays. À condition d’avoir une conception large de la culture qui ne se limite pas à la visite de monuments prestigieux. Pour se faire attirante, une ville doit inventer des patrimoines alternatifs, être capable de raconter une histoire car les touristes ne se contentent plus de regarder le monde ; ils tentent de le comprendre et de le rêver.
• Alain Croix Comment se façonne le regard d’un voyageur
Le regard porté sur Nantes au fil des siècles par les voyageurs dépend, bien sûr, de la ville qu’ils ont vue, mais autant d’eux-mêmes, de leur milieu social, des pays qu’ils connaissent déjà ou, tout simplement, de la manière dont ils sont entrés à Nantes. Le regard se façonne ; le récit se construit. Les concepteurs du Voyage à Nantes l’ont bien compris puisque, au fond, leur ambition est d’inventer une nouvelle image de Nantes. Reste à savoir si cette image fera bon ménage avec la vision qu’ont déjà les Nantais de leur propre ville, et si elle suffira à attirer les touristes étrangers.
• Jean-Claude Pinson Critique de la déraison touristique
Activité économique de première importance, le tourisme est devenu central dans nos manières de vivre. L’homme contemporain est un homo touristicus. Pourtant, qu’elles soient politiques, écologiques, sociales, les critiques de « l’horreur touristique » ne manquent pas. Reste à savoir si elles ne font pas bon marché de ce droit à s’éloigner de soi et des siens pour s’agrandir aux dimensions de la planète.
• Anne Bossé Visiter pour ne plus voir les choses comme avant
La visite guidée passe pour la forme la plus aliénée du tourisme. Pourtant, elle est une expérience de franchissement des limites habituelles. Elle transforme le visiteur en même temps qu’elle modifie les lieux, aménagés pour l’accueil du plus grand nombre.
L'ENTRETIEN

Jean-Clément Martin

Un Dictionnaire de la Contre-Révolution ancré à l’Ouest
L’historien Jean-Clément Martin vient de diriger un Dictionnaire de la Contre-Révolution, un livre qui, dit-il, « s’ancre à l’Ouest ». Des guerres de Vendée à l’arrestation à Nantes de la duchesse de Berry en passant par la colonne Louis XVI, la statue de Villebois-Mareuil ou le tombeau de Lamoricière dans la cathédrale, la région est en effet riche en événements et en lieux de mémoire contre-révolutionnaires. Mais cette tradition politique ne joue plus guère de rôle significatif.
PATRIMOINE
La lettre F comme Feydeau (île), Forme (de Radoub), Fréour (Jean, 1919-2010), Cordeliers
Faux et usage de fausses pierres
Hervé Ronné, aux très lointaines origines bretonnes – à Binic –, s’est installé dans le Finistère en 1992. Il a aujourd’hui 43 ans. Il a publié, le plus souvent en collaboration, une trentaine d’ouvrages.
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SIGNES DES TEMPS
Thierry Guidet Bloc-notes
Critiques
Livres
Expositions
La chronique d’architecture de Dominique Amouroux
La chronique disques de Jean Théfaine
La chronique de Jean-Luc Quéau
CONTRIBUTIONS
Résumé > Donner à une ville ou à un territoire un nom de marque, si possible en anglais. Inventer des pôles de compétitivité ou des laboratoires d’excellence. Autant de manière d’affubler d’habits neufs de vieilles réalités et qui risquent de nous faire oublier les permanences et les spécificités de nos villes et de nos régions.
Résumé > La recherche d’harmonie est au cœur du concept de développement durable. En témoignent les textes fondateurs du Sommet de Rio sur l’environnement et le développement ratifiés il y a vingt ans. La quête d’harmonie urbaine et d’harmonie sociale peut gouverner la politique d’un organisme HLM comme Nantes Habitat.
Résumé > Depuis plus de dix ans, le CETHEFI (Centre d’études des théâtres de la foire et de la Comédie-Italienne) œuvre pour la redécouverte des pièces à succès du 18e siècle. Soutenu dans sa démarche par l’université de Nantes, la Maison des sciences de l’homme Ange-Guépin, la Région Pays de la Loire et l’Agence nationale de la recherche, il projette de mettre en ligne cette année une base de données littéraire et musicale des parodies dramatiques d’opéra.
Résumé > L’Ouest a échoué dans la course aux initiatives d’excellence. Son projet multi sites en réseau correspondait bien à son histoire, mais n’a pas été compris à Paris. Il faut transformer cet échec en ambition collective à l’échelle de l’Armorique, cet ensemble réunissant les Pays de la Loire et la Bretagne.
Résumé> Qu’est ce qu’une métropole ? Aucune définition ne décrit une réalité d’ailleurs changeante et les critères sont multiples : population, produit intérieur brut, transports et accessibilité, éducation, activités manufacturière et décisionnelles… Sur les 76 aires métropolitaines définies en Europe par l’Observatoire de l’aménagement du territoire européen, huit seulement sont en France, aucune dans l’Ouest. Une autre approche place Nantes / Saint-Nazaire dans les aires métropolitaines à rayonnement moyen et Rennes / Vitré / Fougères / Dinard / Dinan / Saint-Malo dans les systèmes intermédiaires à rayonnement fort. Et l’on voit se dégager deux options : l’une privilégie le territoire (la métropole comme centre), l’autre le réseau (la métropole comme région mobilisée).
Résumé> Parmi les nombreux enjeux à propos de la construction d’une ville désirée et désirable, celui du déplacement du regard est particulièrement critique. Désormais, il est crucial d’imaginer des alliances où l’opposition entre technique et nature se trouve déplacée. Le contexte du développement durable requiert tout particulièrement de penser, rêver, imaginer de tels possibles plutôt que de dériver vers un scientisme, un technicisme ou une normalisation technocratique qui contribuent à l’épuisement des milieux.
Contexte > La croissance d’une métropole comme Rennes ne va pas à l’encontre du développement du territoire Breton et de ses villes moyennes. Au contraire, plaide ici Yves Morvan en forme de réponse au géographe Jean Ollivro. Ce dernier et un certain nombre d’élus viennent de réveiller un vieux débat en lançant un “Appel pour l’équilibre urbain de la Bretagne” qui a recueilli 450 signatures, notamment d’élus, de gauche et de droite. Défendant les petites villes, les signataires s’élèvent contre les grandes métropoles supposées “tout contrôler” au détriment des “dynamiques territoriales” (voir le texte de cette pétition sur http://communvv.p5alias.domicile.fr/appel/index.php). Le nom de Nantes n’est pas cité dans cet article destiné à l’édition rennaise de Place publique. Mais ce débat britto-breton ne manque pas d’intérêt pour nous.
INITIATIVES URBAINES
Marc Dumont est maître de conférences en aménagement urbain. Il est membre du laboratoire Eso-Rennes (Université de Rennes 2) et du Laboratoire LAUA (École Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes). Il est membre du comité de rédaction de Place Publique Rennes.
Une ville / un écrivain
Alain Defossé est né en 1957. Il est traducteur de littérature anglaise et américaine, notamment de Bret Easton Ellis (American Psycho), John King, Irvine Welsh. Dans un genre très différent, il nous a donné des « romans qui parlent à l'oreille de ceux qui les méritent » (Gabrielle Rolin, L'Express) : Les Fourmis d'Anvers (Salvy, 1991 – reéditées aux éditions Du Rocher, coll. "Motifs" 2007), Dimanche au Mont Valérien (Joca Seria, 2000), Chien de cendres (Panama, 2006), L'Homme en habit, (Du Rocher, 2007), Mes Inconnues (Phébus, 2011) et On ne tue pas les gens en janvier 2012 aux éditions Flammarion.