Place publique #18

Dossier ÉcoCités : gadget ou nouveau modèle ?

ÉcoCités mode d’emploi



RÉSUMÉ > L'appel à projets ÉcoCités est directement issu du Grenelle de l'environnement. Il s'agit d'explorer les pistes de la construction d'une ville durable. Mais on ignore après peu tout des retombées concrètes pour les collectivités sélectionnées.


Texte > Thierry Guidet



Pourquoi un appel à projets sur les ÉcoCités ?
La démarche s'inscrit dans le prolongement du Grenelle de l'environnement. Les participants à la table ronde finale avaient souhaité la réalisation d'une quinzaine de grands projets urbains, innovants en matière architecturale, sociale, énergétique.
Il s'agit de déceler et de sélectionner « les projets les plus aptes à constituer des emblèmes de la ville durable », selon le ministère de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de l'Aménagement du territoire. Et cela avec un double objectif : expérimenter la manière dont les agglomérations peuvent se transformer en respectant les impératifs du développement durable ; construire un cadre de référence de la ville durable.
Trois autres appels à projets accompagnent celui sur les ÉcoCités. Ils portent sur les transports en commun, sur les Écoquartiers, sur la place de la nature en ville.

Qui pouvait être candidat ?
Des collectivités locales regroupées dans le cadre d'une coopération intercommunale. Leur projet devait concerner une aire urbaine d'au moins 100 000 habitants et dont la population devrait s'accroître d'un tiers dans une vingtaine d'années.

Qui a été candidat ?
Dix-neuf collectivités ont répondu. Il s'agit, outre Nantes/Saint-Nazaire, des communautés urbaines de Marseille, Bordeaux, Strasbourg, Nice ; des communautés d'agglomération de Rennes, Metz, Grenoble, Albi/Montauban, Perpignan, Montpellier, Évreux, Plaine Commune, Val de Bièvre, du Territoire de la côte ouest de la Réunion ; de la communautés de communes d'Esch-Belval ; du syndicat d'agglomération de Val d'Europe ; des villes de Clermont-Ferrand et de Neuilly.

Comment les dossiers ont-ils été instruits ?
Chacun d'entre eux a fait l'objet de deux analyses distinctes menées par une équipe du ministère et par le Centre d'études techniques de l'Équipement. Un jury a retenu 13 candidatures, éliminant les candidatures de Neuilly, d'Évreux, d'Albi/Montauban, de Val de Bièvre et de Val d'Europe. À l'issue de cette première sélection, chacune des collectivités retenues a été conviée à une audition le 12 octobre.

Quelles ont été les qualités reconnues au dossier de Nantes/Saint-Nazaire ?
Il a été jugé particulièrement exemplaire parce qu'il propose « une stratégie globale de développement durable du territoire associée à une gouvernance expérimentée » et qu'il « se décline en une vingtaine de projets locaux opérationnels à court et moyen terme ». Si bien qu’à Nantes/Saint-Nazaire la démarche ÉcoCités apparaît comme « une nouvelle étape pour élaborer une stratégie globale de reconquête du fleuve et imaginer la conception d'un nouveau modèle de ville. » Bref, « le dossier présente un véritable projet d'ÉcoCité » : « il s'agit de refaire la ville sur la ville, de construire une ÉcoCité sur un périmètre constant. » Le jury a aussi apprécié que « l'ensemble des points durs (pôle industriel, second aéroport) ait été évoqué. »

Quels sont les points faibles du dossier ?
Le jury a estimé que « la participation et la concertation citoyenne auraient pu être davantage développées. »
Que va-t-il se passer désormais ?
Sur ce point, les choses sont beaucoup plus floues. On nous annonce une période de « dialogue itératif » entre l'État et les collectivités retenues. Elle devrait durer entre un an et un an et demi. En clair, les services de l'État, renforcés par une équipe pluridisciplinaire composée d'architectes, d'urbanistes, de paysagistes, d'économistes, de sociologues conduiront, avec les collectivités concernées, des ateliers collectifs. « L'État n'a plus les moyens d'être normatif. Il va plutôt accompagner ceux qui ont déjà bien avancé. On peut donc parler de co-définition », assure-t-on au ministère. Le tout passera par la signature d'une convention triennale entre la collectivité et l'État.

Et après ?
Là encore, c'est le flou. Le ministère parle de « contractualisations possibles », de « mise en place éventuelle d'opérations d'intérêt national sur le territoire de l'ÉcoCité », mais reconnaît que « les contreparties ne sont pas encore définies » et refuse de prendre le moindre engagement sur le financement de tel ou tel projet. Si bien qu'aujourd'hui on ignore tout de l'intérêt d'avoir été retenu comme ÉcoCité. Un simple label, utile à la communication des villes comme du gouvernement ? Un enrichissement conceptuel en commun ? Des aides substantielles de l'État ? L'éventail est ouvert.


Ce territoire dont le cœur est un estuaire

« Construire la ville autour du fleuve » : c'est le titre du document par lequel Nantes/Saint-Nazaire répond à l'appel à projets de l'État, un document de 45 pages qui porte les signatures du Scot (schéma de cohérence territoriale); de Nantes Métropole ; de la Carene, la communauté d'agglomération de Saint-Nazaire ; de la Samoa (société d'aménagement de la métropole Ouest Atlantique) ; des agences d'urbanisme de Nantes et de Saint-Nazaire.
« Nantes et Saint-Nazaire sont nées au bord d'un grand fleuve et d'un océan qui les ont opposées avant de les réunir. » C'est avec ces lignes que s'ouvre le texte qui souligne qu'au 20e siècle, les villes se sont détournées du fleuve, « s'étalant sans retenue dans les espaces non occupés par l'eau, aménageant les nouveaux quartiers et les périphéries en lui tournant le dos, réservant les berges aux voitures, usines, navires en construction ou à décharger. » Bref, elles « avaient oublié la trame originale de ce territoire dont le cœur est un estuaire, le front un océan et les poumons un faisceau de 40 000 hectares de marais et de rivières, hauts lieux de la biodiversité. »
Y « construire une Éco-Métropole n'est pas un enjeu au regard du seul réchauffement climatique », mais doit répondre à l'ensemble des « questions posées par la croissance urbaine », sans négliger le maintien d'  « une activité portuaire de rang européen et mondial », « la capacité à tirer parti du tourisme sans en subir les outrages », «le soutien à une agriculture raisonnée », «la lutte contre la ségrégation géographique et l'exclusion sociale ». C'est dire que « la bataille du développement durable est ici particulièrement complexe. »
Après cette introduction, le document s'organise autour de deux grandes parties : Nantes/Saint-Nazaire, une Éco-Métropole en mouvement ; le fleuve, matrice des projets de l'Éco-Métropole.
La première partie insiste sur la particularité du territoire de la métropole : une trame verte et bleue au débouché du plus grand fleuve de France ; deux pôles urbains qui « se sont constitués dans leur rapport au fleuve ». Ce territoire connaît un développement économique et démographique soutenu : on y attend 100 000 habitants nouveaux d'ici à 2020. « Ce développement équilibré n'est pas le produit d'un laisser faire. Il est issu d'un projet volontariste, porté par les acteurs publics locaux, s'appuyant sur un socle de valeurs partagées. » Et la construction d'une Éco-Métropole devient un véritable projet pour l'ensemble de ce territoire et dans toutes ses dimensions.
Dans la seconde partie, le document énumère des réalisations et des projets en les replaçant dans la logique de l'Éco-Métropole. Les projets urbains d'abord : l'Île de Nantes et Ville-Port bien sûr, mais aussi une quinzaine d'autres à Rezé, Indre, Couëron, Paimbœuf et même Nort-sur-Erdre… Les projets environnementaux ensuite : de l'équilibre biologique de l'estuaire aux forêts urbaines en passant par la restauration des marais et la pérennisation de l'agriculture périurbaine. En troisième lieu, les projets économiques qu'ils soient en lien avec la stratégie du port, concernent les énergies renouvelables ou améliorent l'offre de transports en commun. Enfin, les projets culturels, touristiques et de loisirs : Estuaire, les Rencontres du fleuve, Loire à vélo.
Le document se termine par des éléments de réflexion sur « la gouvernance à l'échelle du grand territoire » : « La formulation de ce projet global de développement constitue une étape clé. Sa définition supposera d'articuler les échelles de la gouvernance entre le niveau stratégique du grand territoire, le rôle central des agglomérations et l'échelon de proximité. »