Edito Place publique #1

Place publique : les raisons d’une naissance

La métropole Nantes / Saint-Nazaire prend des épaules. Cette belle croissance appelait la création d’une revue de réflexion et de débat sur cette ville qui se fait et se défait sous nos yeux.

La métropole Nantes / Saint-Nazaire se porte plutôt bien. Elle conforte sa place parmi les grandes villes de France. Elle commence à compter dans le concert européen.
Non que tout y aille pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais enfin, elle ne cesse d’accroître sa population, ce qui est le signe le plus sûr de son pouvoir d’attraction et de sa confiance en elle-même. Son bouillonnement culturel attire les regards. On y crée des emplois, on y construit des logements et des bureaux et l’on continue d’y vivre dans un cadre naturel que bien des métropoles des régions les plus denses de l’Europe nous envient.
À vrai dire, la montée en puissance de la métropole n’est pas propre à Nantes / Saint-Nazaire, même si elle prend ici un tour particulier. On assiste un peu partout à un développement du rôle de la ville, peut-être comparable à celui qu’on a connu à la fin du Moyen Âge européen. Au point de fusion du local et du global, la ville acquiert la capacité de prendre son destin en main dans bien des domaines et de définir des politiques qui ne sont pas le simple relais des décisions étatiques.
Cette extension du rôle de la ville place les décideurs devant de redoutables difficultés : comment vivre ensemble dans une ville qui ne cesse de s’étendre géographiquement et de se segmenter socialement ? Comment rendre lisibles des décisions publiques prises par des communautés urbaines élues au second degré ? Quel contrôle les citoyens peuvent-ils encore exercer ? Même si le lien social y est moins distendu que dans bien des métropoles, Nantes n’a pas échappé aux émeutes urbaines de novembre 2005…
Ici comme ailleurs, on se trouve confronté à l’exigence de « réinventer la Cité », ainsi que le suggérait le sociologue Jean Viard, lors des débats qui entouraient récemment le dixième anniversaire du Conseil de développement de Nantes métropole.
Voilà qui oblige à donner une nouvelle intensité et une nouvelle audience au débat d’idées dans la métropole. Ce besoin s’exprime aujourd’hui de manière diffuse. Une scientifique nantaise déclarait il y a peu : « Nous avons besoin d’un lieu partagé. La culture ne se limite pas à l’art ». L’écrivain Paul Louis Rossi déplore l’absence à Nantes d’un « lieu de rassemblement des intellectuels ». Le maire de Saint-Nazaire, Joël Batteux, appelle de ses vœux « la mise en récit de l’estuaire » afin qu’il devienne une réalité concrète pour ses habitants.
Il est plus facile de réfléchir à son avenir quand les choses vont bien que lorsqu’on se trouve le dos au mur. Voilà pourquoi nous avons pensé que le moment n’était pas si mal choisi pour lancer Place publique, cette revue dont l’ambition est à la fois modeste et considérable : concourir à l’intelligence de la ville.
Intelligence de la ville ? L’expression peut faire peur ou paraître prétentieuse. Il s’agit simplement – si l’on peut dire ! – de réfléchir ensemble à la ville qui se fait et se défait sous nos yeux. Il s’agit aussi de mettre en valeur les intelligences, les talents, les volontés qui s’y déploient.
Imaginé et mis en œuvre par un journaliste qui a longtemps travaillé à Nantes et beaucoup écrit sur la région, le projet de Place publique, unique en France, est porté par une association créée par des personnalités connues pour leur engagement de longue date en faveur de la métropole. Jean Joseph Régent, dont on sait le rôle qu’il a joué et continue de jouer dans la vie publique, a accepté d’en prendre la présidence. Le contenu de la revue est élaboré par un comité de rédaction composé d’intellectuels connus pour la qualité de leurs travaux et leur indépendance d’esprit.
S’il fallait définir Place publique en peu de mots, nous dirions qu’il s’agit d’une revue de réflexion et de débat sur la ville.
Une revue ? Ni un journal, ni un magazine, mais une publication bimestrielle dont les auteurs prennent le temps de s’expliquer et que les lecteurs, nous l’espérons, prendront le temps de lire.
La réflexion ? Place publique n’est pas là pour apporter des informations. Du moins, telle n’est pas sa mission principale. Les journaux, les radios, les télévisions, Internet, tous les médias « chauds », qui ne manquent pas à Nantes, s’en chargent. Notre fonction est de poser la question du sens, de porter des regards croisés, distanciés, réfléchis sur l’actualité en privilégiant la raison sur l’émotion, la durée sur l’instant, le texte sur l’image, toutes choses aujourd’hui peu communes dans le paysage médiatique.
Le débat ? Le titre de la revue l’indique assez : pas de vraie réflexion sans débat. D’autant que le comité de rédaction de Place publique ne prétend nullement avoir un avis unanime sur tout. Le débat, nous l’organiserons au sens propre du mot, puisque, avant la sortie de chaque numéro, Place publique réunit une table ronde, ouverte à tous, et dont elle rend compte dans ses colonnes. La première, qui s’est tenue en décembre, portait sur la signification pour la ville du nouveau Musée du Château. La seconde, en février, s’interrogera, trente ans après, sur le fait de savoir si 1977 fut la date charnière dans l’histoire récente de Nantes. La troisième, en avril, traitera des usages conflictuels de l’estuaire et de l’état de la relation entre Nantes et Saint-Nazaire.
La ville ? Il ne s’agit évidemment pas de Nantes, au sens étroit du mot, mais de l’ensemble des territoires qui s’organisent autour d’elle. Bien entendu, cette réflexion et ce débat sur la ville n’ont rien à voir avec un quelconque repli chauvin. De manière systématique, nous irons chercher des contributeurs et des exemples ailleurs, en France et à l’étranger. Sans élargissement des perspectives, impossible de comprendre ce qui se passe sous nos yeux.
Si elle est habitée d’un vrai souci de qualité intellectuelle, Place publique n’est pas pour autant une revue savante, réservée aux seuls spécialistes. Tout, sa maquette, son écriture, son prix, vise à la rendre accessible à chacun. Puisque, précisément, notre souci est de faire partager des analyses et des questions au-delà du seul cercle des experts et des décideurs. Une ville de culture, ce n’est pas seulement une ville dont les habitants se rendent au spectacle ou au musée, c’est une ville où des idées neuves irriguent l’espace public.
Nous espérons, chers lecteurs, y parvenir avec vous, grâce à vous.