Place publique #13

Nouvelle École d’architecture de Nantes : les maîtres de l’espace



photo Philippe Ruault


Résumé > La nouvelle École d’architecture de Nantes est faite avant pour servir à ses usagers. Un programme conduit par un groupe de réflexion a cerné au plus près les besoins. Et les lauréats du concours, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, ont su dilater l’espace disponible pour répondre astucieusement à la commande qui leur était passée.



Texte > Sophie Trelcat


« Tout est parti du programme »… Malgré les qualités bucoliques d’une implantation sur cinq hectares dans le domaine de la Mulotière, à proximité du campus universitaire, l’École nationale supérieure d’architecture de Nantes est devenue obsolète. Conçue pour accueillir 450 étudiants elle en reçoit aujourd’hui 900, tandis que l’évolution tant de la pédagogie que des normes de confort et de sécurité nécessite de nouvelles installations. Dès 1996, la décision est prise : une nouvelle école sera construite sur l’Île de Nantes, en plein cœur de la métropole.
Dès le départ, l’École se positionne auprès de la Direction de l’Architecture et du Patrimoine et de la Direction régionale des Affaires culturelles, représentées par l’Emoc, un établissement public chargé de mener à bien les travaux. Un concours d’architecture est lancé. L’École parvient à s’immiscer dans son élaboration. Un groupe de réflexion est créé et se donne un nom qui sonne comme un slogan : « les maîtres d’usage ». Son travail se concrétise à travers une note synthétique : une quinzaine de pages pour formuler au plus juste les besoins et les demandes.
En 2003, à l’issue du jury de concours, les architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal sont désignés pour concevoir le nouvel équipement. Célèbre pour son approche de l’architecture dite « minimum » mais jamais minimaliste, le duo s’attache à optimiser dans chaque projet les contraintes de la construction telles que le budget, les techniques, les matériaux, l'environnement naturel…
Une mise au point judicieuse de la structure du bâtiment – laquelle est une imbrication complexe de plusieurs systèmes tels des poupées gigognes – aboutit à une véritable performance concernant l’utilisation de la superficie. À l’intérieur de l’enveloppe budgétaire de 18 millions d’euros et face aux 8 300 m2 exigés par le programme, Lacaton & Vassal proposent de réaliser 26 000 m2 comprenant 12 500 m2 équipés pour la vie scolaire, 5 500 m2 appropriables de façons multiples et 8 000 m2 d’espaces extérieurs accessibles.
Pour cela, ils réalisent une structure primaire en béton préfabriqué. Celle-ci consiste en trois plateaux libres, hauts de 9, 16 et 22 mètres et reliés par une large rampe extérieure. Cette structure de type industriel est conçue pour recevoir de fortes charges. Dès son installation, elle est équipée des accroches métalliques nécessaires pour y glisser, en fonction des besoins, des structures secondaires, également de métal. Ces dernières permettent de diviser les hauteurs en deux niveaux d’environ 3,50 mètres. Au centre, un escalier dessert l’ensemble des plateaux.
D’une grande flexibilité, le système permet de répartir au mieux les fonctions du programme dont la mise en place n’a cessé d’évoluer en cours de chantier : petit à petit le plan s’est matérialisé, le programme est dilaté dans l’ensemble du bâti : « ici, le service des études ; là, des studios de projet ; à l'angle, le grand auditorium ; derrière lui, la halle de fabrication ; à cet endroit, la bibliothèque… ».
Forte de ce gain de surface, la direction de l’école s’attache à maintenir un projet pédagogique fort. L’idée, au diapason de celles de Lacaton & Vassal, est d’offrir un maximum de possibilités d’utilisation de l’équipement. « Un étudiant = un plan de travail » devient une donnée majeure du programme et l’école devra être accessible le plus souvent possible. Aussi chaque architecte en herbe se verra-t-il attribuer un casier et une place dans un atelier. Un dispositif de lecteur de badges est mis en œuvre tandis qu’après négociations, l’organisme d’aide aux étudiants proposera de vrais repas dans un vrai restaurant supplantant ainsi la seule petite cafétéria initialement prévue. L’événement mérite d’être souligné, le point stratégique d’un lieu collectif est immanquablement son restaurant.
Au final, les « maîtres d’usage » bénéficieront d’espaces fluides, baignés de lumière naturelle et ouverts sur un panorama exceptionnel face à la Loire, au paysage urbain ou, de manière plus proche, sur les logements nouvellement construits de l’Île de Nantes. Certes, l’architecture est parfois spartiate. Elle montre ses tripes et ne se couvre d’aucune cosmétique mais elle offre de sérieuses compensations : dans les grands volumes appropriables librement, traités comme des serres horticoles avec des parois de polycarbonate, des ouvertures géantes - 9 mètres de hauteur pour 11 mètres de large - s’ouvrent sur l’extérieur. Le toit terrasse équipé d’ancrages au sol permettra d’accueillir tentes et chapiteaux pour organiser des événements. La rampe sera traitée comme une rue aérienne et piétonne tandis que le rez-de-chaussée entretiendra un lien direct avec le bitume de l’espace public. Ajoutons-y la facilité des déplacements et même une différence de climats puisque le programme rappelle combien la climatisation nous maintient dans l’artificialité.
Un manuel d’architecture grandeur nature en somme…


Fiche technique :
Maître d’ouvrage :
Ministère de la culture - DRAC des Pays de Loire
EMOC, maîtrise d’ouvrage mandatée
Architectes :
Anne Lacaton & Jean Philippe Vassal, architectes
avec Florian de Pous – chef de projet, Frédéric Hérard – assistant projet,
avec Julien Callot, Lisa Schmidt-Colinet, Isidora Meier, Emmanuelle Delage,
David Duchein, David Pradel.
Coût des travaux :
13,6 millions d’Euros HT, bâtiment + VRD (valeur février 2004)
Surface :
26 000 m2 Surface hors œuvre brute comprenant :
- 18 000 m2 SHON : 12 500 m2 correspondant au programme de base, 5 500 m2 d’espace supplémentaire appropriable,
- 8 000 m2 terrasses extérieures accessibles.